
Jeudi 27 mars 2025
Visite de l’exposition « De Renoir à Van Dongen » aux Musées de Bagnols-sur-Cèze et de Pont-Saint-Esprit. Œuvres rares et inédites aux musées Albert-André et d’Art Sacré avec quelques grands noms d’artistes de la fin du XIXe et XXe siècle.
Visites à 10h30 à Bagnols et 15h à Pont-St-Esprit, repas au Domaine Val de Cèze
Visite organisée par Annie et Pascale, proposée par Françoise et Pascale
RV à 9h30 à la salle polyvalente d’Arpaillargues et Aureilhac pour covoiturage

Par une véritable journée printanière qui nous changeait des longs jours de pluie passés, vingt trois zébriniens sont partis à la découverte d’une belle exposition : « De Renoir à Van Dongen ». Une exposition conçue en deux parties et présentée simultanément au Musée de Bagnols-sur-Cèze et dans celui de Pont-Saint-Esprit. Elle retrace l’histoire extraordinaire de donations successives et permet de découvrir l’étonnante richesse des collections.
Le Musée Albert André
Il est situé au 2e étage de la Mairie de Bagnols-sur-Cèze, sur la place Mallet qui est bordée d’arcades, comme notre place aux Herbes. Ce grand bâtiment était autrefois l’Hôtel particulier de Gast de la Ramière, puis celui de Baptiste Madier « père » de la montgolfière « Lou Globo » qui s’envola en 1875.
Le Musée laïque d’Art sacré du Gard
Ce musée se trouve dans la « Maison des chevaliers » rue Saint-Jacques à Pont-Saint-Esprit. Il occupe une vaste demeure de marchands du Moyen Age, les Piolenc. Les magnifiques plafonds peints des 14e et 15e siècles témoignent de la richesse et de la puissance de cette famille et de l’histoire de la ville. S’il est riche d’objets religieux de toutes les époques, qui a connaissance des œuvres de Renoir, Valtat, Matisse… qui sont conservées en ses murs ? C’est l’histoire des donations faites au Conseil départemental du Gard et déposées dans les deux musées que nous avons visités qui nous l’apprendra.
L’exposition « De Renoir à Van Dongen »
Elle est sous-titrée « Chefs d’œuvres des musées de Bagnols-sur-Cèze et de Pont-Saint-Esprit ». Le panneau de présentation de l’exposition est si bien fait, que je le reproduis au cas ou vous n’auriez pas eu le temps de le lire.
Créé en 1854 par Léon Alègre, érudit local, historien, archéologue mais aussi peintre et dessinateur, le musée de Bagnols-sur-Cèze est d’abord une bibliothèque-musée regroupant des collections relatives à l’histoire naturelle, l’agriculture, l’industrie, l’archéologie, les arts décoratifs et les beaux-arts. Avec l’arrivée à sa tête d’Albert André – peintre postimpressionniste et ami d’Auguste Renoir – il devient le premier musée d’art moderne en Province après avoir été le premier musée cantonal français. C’est alors qu’entrent dans les collections des œuvres majeures (Rodin, Pissarro, Bonnard, Gauguin, Renoir, Marquet, Signac, Matisse, Monet, Vuillard …).
Au décès d’Albert André, Jacqueline Bret-André – sa fille adoptive et également peintre – prend la relève. Sous sa direction, le fonds permanent s’enrichit des œuvres données par Adèle et George Besson à l’État en 1963, sous réserve de leur répartition entre les musées de Besançon et de Bagnols-sur-Cèze. George Besson, troisième personnage essentiel dans la constitution du fonds bagnolais, est un ami d’Albert André, chef d’entreprise devenu critique d’art.
Pour autant, l’histoire ne s’arrête pas là. Jacqueline Bret-André, devenue Jacqueline Besson en 1971, continue d’enrichir les collections publiques françaises. Si la ville de Bagnols-sur-Cèze profite encore de ses libéralités le Conseil départemental du Gard reçoit également des œuvres. Au total, ce ne sont pas moins de 1506 peintures, sculptures, dessins et céramiques qui sont offerts aux deux collectivités.
L’exposition est organisée en quatre chapitres, chacun dédié à un des personnages ayant permis la constitution des collections : Léon Alègre, Albert André, Jacqueline Bret-André-Besson, Georges Besson.
Albert André
Peintre d’origine lyonnaise, attaché à Laudun, village proche de Bagnols, par son père et leur maison de famille, il devient conservateur du musée en 1917. Il a étudié la peinture à Paris où il a fait la connaissance de Louis Valtat, Maurice Denis, Bonnard, Vallotton, Marquet, Signac… Dès sa première participation au Salon des indépendants en 1894, il est remarqué par Auguste Renoir et par Paul Durand-Ruel, grand marchand d’art. Rencontre décisive pour un jeune peintre en quête de soutien et d’amitié. Devenu conservateur il saura faire appel à tous ces amis pour constituer un fond d’œuvres d’artistes postimpressionnistes et nabis. Tout comme Albert André, ces artistes font partie d’un ensemble de tendances artistiques de la fin du 19e s. et du début du 20e s. qui se caractérise par l’usage de la couleur, de la lumière, de l’émotion et une grande individualité.
Si l’exposition permet d’admirer toute une palette d’œuvres des postimpressionnistes, le personnage central me semble tout de même être Albert André. C’est bien grâce à lui, par ses actions, ses amitiés et ses œuvres, que l’exposition des collections des deux musées a pu voir le jour. Ses tableaux doivent représenter les 2/3 des œuvres exposées.
Plutôt que de reprendre les présentations des différents donateurs et acteurs que vous pourrez retrouver dans la galerie de photos (en fin de texte), je préfère évoquer les différents thèmes qui me semblent ressortir de cette belle expo : les femmes, omniprésentes ; Renoir, le grand ami ; les bouquets, nature apprivoisée ; les paysages, peints sur le motif et les auto-portraits, dominants. Ceci bien sûr avec mon ressenti et le souvenir des commentaires de notre guide. Une guide fort intéressante, enseignante en stage de formation, elle a su agréablement transmettre ses recherches et ses connaissances.
Les femmes
Les portraits de femmes dominent dans l’exposition. Elles sont la plupart du temps représentées dans leur intérieur plutôt bourgeois dans des moments de loisirs : la lecture, le piano, la conversation ainsi que dans des moments plus intimes : à la toilette, comme « Le tub » de Théo Van Rysselberg ou s’habillant… De grands nus sont aussi visibles, ceux d’Albert André comme « Le grand nu couché à la grappe de raisin » ourlé d’ombres, « Les baigneuses sous un pont » bucolique, les « études de nus couchés« , ou ceux de Félix Valotton, très moderne et sculptural ; des sanguines d’Aristide Maillol ; des portraits de Renoir, d’autres de Louis Valtat ou Albert Marquet. Il y a même une sculpture sur pierre, « La danaïde » de Rodin, et un petit bronze de Camille Claudel : « L’imploration » de 1905.
Un portait domine et nous séduit, celui d' »Adèle Besson » par Kees Van Dongen de 1908. Une femme aux grands yeux noirs pose dans un superbe kimono, paisible et rêveuse. La lumière émane du haut du tableau, du visage et du fond éblouissant. Notre regard passe des yeux aux revers bleu et or du vêtement.
Une autre femme en bleu nous séduit tout autant au Musée de Pont-Saint-Esprit, c’est « La grande femme en bleu« , entourée de « L’étude pour dame en bleu de Laudun » et de « La robe à ramages » d’Albert André. Là, elle ne pose pas mais cueille des fruits qu’elle retient dans sa longue robe bleue. Elle est sous un arbre, devant la clôture en bois d’un verger. Sa robe est toute illuminée de taches de lumière et le ruban de son chapeau volète au vent. Recueillie, elle semble s’avancer à petits pas.
Il y a de nombreux portraits de Jacqueline Bret-André souvent en train de peindre. Elle est presque omniprésente car ce personnage est imminemment important. Cette femme présentée comme une femme libre, peintre et conservatrice de musée, a poursuivi le travail, l’engagement, la générosité de son père adoptif et de son mari. C’est la grande donatrice.
Les bouquets et les jardins
De nombreux bouquets sont présentés dans les deux musées. Parmi eux, celui de Bonnard « Bouquet de fleurs des champs » est charmant, tout comme celui de Suzanne Valadon « Bouquet de roses, iris et glaïeuls » de 1928, qui a été choisi pour l’affiche de l’exposition, est particulièrement séduisant. Non seulement les fleurs mais les tiges reposant dans un vase transparent sont représentées très finement en une explosion de couleurs. Notre guide a fait remarquer, qu’il y avait en ce moment au Centre Pompidou une exposition consacrée aux œuvres de Suzanne Valadon. Elle fut d’abord modèle puis peintre à son tour. Ce fut une des rares femmes de l’époque à être reconnue.
Les jardins et même des bouquets au jardin sur de grands tableaux nous attirent. « Au jardin » d’Albert André à Laudun où sur la terrasse, il est représenté de dos face à son épouse qui brode près d’un joli bouquet et d’une coupe de fruits. Les figues et les raisins côtoient les coquelicots en une curieuse temporalité, mais nous sommes attirés par la lumière qui chatouille le bras de la femme sur la nappe. Celui de Georges d’Espagnat « Au jardin » de 1904 ou la longue ligne de l’arbre et celle de la jeune fille structurent le tableau alors que la rose tenue à bout de bras au centre même du tableau attire notre œil.
Auguste Renoir
Malgré leur différence d’âge, Renoir et Albert André étaient de grands amis. C’est Renoir qui a convaincu Albert d’accepter le poste de conservateur du musée. Il lui a fait de nombreux dons et l’a incité a solliciter ses amis peintres. Il séjournait fréquemment à Laudun où il avait sa chambre et le couple André lui rendait souvent visite en Provence. Renoir est souvent représenté de profil en train de peindre les mains bandées, fragile et centré sur sa peinture. Avec les auto-portraits d’Albert André ce sont quasiment les seuls portraits masculins de l’exposition.
Les auto-portraits
Deux grands tableaux représentent Albert André. L’un de 1924, le montre adossé à une bibliothèque, recueilli, un livre à la main, l’autre de 1934, le montre une palette à la main nous regardant comme s’il allait faire notre portrait. Il est devant un de ses tableaux légèrement esquissé de grandes touches de couleurs ce qui contraste avec le travail de la lumière sur sa chemise. C’est bien lui le personnage central !
Les paysages
Quelques paysages sont tout de même présents.
Le premier tableau commenté est un paysage urbain , « La gare de ceinture de Georges d’Espagnat » de 1897. Il se situe en pleine Révolution industrielle qui est en train de changer la société. Notre guide a détaillé les mouvements des fumées des locomotives et celles des usines. Elle a montré l’influence de impressionnisme et du japonisme. Il faut sortir de l’atelier pour peindre la lumière et la réalité. Il n’y a pas de point de fuite de la perspective, mais un cumul des plans, et un travail sur les lignes.
Plus près de nous, le village de Laudun d’Albert André avec « Les laveuses au bord de la Tave » de 1912 ou celui de Renoir « Vu de Laudun depuis la maison d’Albert André » de 1904 ; mais aussi plusieurs aquarelles, celles de Paul Signac avec le « Paysage de Corse » 1935, ainsi que le « Pont du Louvre » 1928. Aquarelles encore avec « Le canal à Venise » d’Edmond Cross de 1903, ou « Honfleur » de Johan-Barthold Jongkind de 1863.
A remarquer aussi « La fenêtre ouverte à Nice » de Matisse et « Le 14 juillet au Havre » de 1906 d’Albert Marquet aux drapeaux rouges écarlates. De même son aquarelle « La goulette » de 1926 qui le fait qualifier d’Okusai français. On pourrait distinguer la silhouette d’un volcan. On y voit aussi des bateaux, l’eau et des personnages en mouvement dans une tonalité de bleu de gris et de sable.
Le Domaine Val de Cèze
Pour la pause déjeuner entre les deux musées, nous avons choisi le restaurant « Le Cèze » du Domaine Val de Cèze (la rivière est toute proche) sur les conseils de la sœur de Pascale qui habite la ville. Le cadre nous a paru intéressant et patrimonial et nous avons réservé. Le bâtiment crènelé, entouré d’un grand parc était une gentilhommière au 17e siècle (1623 apparait dans un cartouche au dessus de la porte). C’était le relais de chasse du château de Paniscoule voisin.
Les formules du menu y sont très correctes. Les plats sont délicats et bien présentés. Tous les convives étaient satisfaits.
La visite des musées de Bagnols, que certains qualifient de « petit Orsay », et de Pont-Saint-Esprit nous a beaucoup intéressé. Ce sont des collections vraiment exceptionnelles et leur histoire tout aussi étonnante, faite de transmission et d’amitié, en font bien les « Musées de l’amitié « et de la générosité. Nous avons eu la chance d’admirer un vrai patrimoine artistique méconnu qui mérite bien d’être découvert.
Pour aller plus loin
- Exposition Albert André aux Archives départementales du Gard (voir le diaporama)
- Le Musée Albert André de Bagnols-su-Cèze
- Le Musée d’Art sacré du Gard de Pont-Saint-Esprit
Quelques photos de la visite
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